vendredi 24 septembre 2010

Illusions des refuges.


Je trouve enfin le temps d’écrire. Dans ma chambre de petite fille, sous les combles de la maison, en écoutant Joy Division, Hooverphonic, Led Zeppelin and so many things else. Depuis une semaine je danse presque chaque nuit. Je fume, je bois du vin blanc, du vin rouge, du punch, des whisky coca, des litres de thé vert et des cafés après le déjeuner. Je me couche à 3, 4 ou 5 heures et je dors le matin. L’après-midi aussi entre deux cours, ou dans les trains. Je suis fatiguée, mais je crois que je suis heureuse. Je souris, en tout cas.

De Lyon je retiens les rues étroites et pavées, les ponts sur le Rhône, les petits restaurant cachés, les amphithéâtres romains, les chorégraphies de Sidi Larbi Cherkaoui et les images en noir et blanc de Control. Tout ce temps passé avec Laura à discuter en buvant du thé. Les lèvres d’un amoureux. En rentrant à Paris j’ai retrouvé des alliés, avec J nous avons pris un café – Dieu me pardonne d’avoir mis les pieds dans un Starbucks à Paris ! – et j’ai pu tout avouer, tout dire sans gêne, sans honte, sans paraître folle, sans être incomprise – deux jours plus tard c’est H que j’écoutais me dire la honte, l’humiliation, la violence de ceux qui ne nous aiment plus et qui sans s’en rendre compte brûlent nos coeurs, oppressent nos poitrines, font venir l’envie de vomir. Ces conversations sont lentes, compliquées, éprouvantes. Je comprends tellement ce qu’on me dit, je me souviens encore si parfaitement de chaque blessure, de la chair écartée, des mains qui creusent dans la plaie béante, de la douleur ravivée – et pourtant, les bords cicatrisent, la chair se referme très doucement, les rives se rapprochent. Il y a encore des larmes dans mes yeux, il y a encore quelques crises parfois – ce ne sont que des réactions à la violence, à la douleur, à l’égoïsme des garçons qui décident à notre place que les aimer est désormais interdit.

Lorsque je me réfugie dans les boîtes de nuit, les bras des garçons, les sourires que je connais par coeur – je sais que c’est une façon d’oublier, de me mentir et de faire illusion. Me croire belle et désirée alors que mon amant a disparu. Sentir les regards. Sourire sans la moindre innocence. Je sais que les heures passées à danser sont aussi une voie pour retrouver mon corps, sentir quelque chose, un mouvement, le corps qui s’exprime, l’énergie aussi que je mets à danser jusqu’à l’effacement de mes talons sur le sol, le défoulement. Mes garçons sont là, mes amies me protègent, rien ne peut m’arriver et je fais attention à moi. Je suis sur mes gardes, j’essaie de trouver le juste équilibre entre me protéger et aller de l’avant, je voudrais seulement éviter de faire n’importe quoi avec n’importe qui pour la fuite en avant, et tout à la fois je dois laisser une chance aux hasards. Cet après-midi mon jeune chéri dans les jardins du Luxembourg, je me sens bien et je souris et je me réfugie dans ses bras – mais je suis encore ailleurs, je ne suis pas entièrement disponible, je ne me livre pas. Peut-être que du temps doit passer, peut-être qu’il faut avoir confiance, peut-être lui donner une chance avant de tourner les talons.

Comprendre que l’amour fou n’est pas la norme, que les histoires exceptionnelles sont rares, que la passion ne peut pas exister tous les quatre matins ni à chaque coin de rue. Il faut recommencer les tâtonnements, il faut faire du chemin seule réconciliée et rassurée, il faut garder la disponibilité tout en maintenant la protection – il faut se battre, comme toujours se battre, se battre pour aller bien. J’aimerais simplement prendre des bains parfumés, faire des gâteaux au chocolat, lire le matin nue sous le drap et monter Noroise. Oublier les garçons, quelques temps, puisque je n’arrive pas à faire semblant d’accepter un autre corps que celui d’Henri. Lundi soir en faisant l’amour j’ai pleuré tout ce que j’avais retenu depuis des jours, ça n’était pas mon amant entre mes cuisses, ça n’était pas sa peau ni son corps ni son sexe – je ne peux pas faire semblant. C’est un autre que mon corps réclame, encore. C’est un autre pourtant que je ne réclame plus, qui ne me manque plus, à qui je n’écris plus – mon corps seulement n’est pas redevenu un champ libre, il garde l’empreinte de mon amant.

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