mardi 9 novembre 2010

colère.


J’aurais aimé venir écrire plus tôt. Ca fait presque deux semaines, peut-être ? Je ne sais pas, le temps s’enfuit, j’ai l’impression de n’être qu’une passagère, je fais mille choses et tout m’échappe, rien ne se retient, je n’ai pas le temps de me retourner. J’avance tant que je peux en ayant parfois le sentiment d’être dépassée, le tapis sous mes pieds va plus vite que moi, je glisse, je me raccroche, je continue, j’essaie de rester debout.

Je suis sortie de la rupture. Il a fallu du temps, beaucoup de temps par rapport à celui que nous avions passé ensemble. Un mois de rupture, de discussions, de pleurs, d’incompréhensions, de cris et de jalousies, pour trois mois d’amour. C’est Jérôme qui m’a sortie de là. J’ai fait du chemin seule, j’ai fait du chemin en m’appuyant sur mes amies – ce sont elles qui pleurent aujourd’hui, l’automne n’est qu’un cimetière de coeurs blessés – mais je n’ai compris qu’en écoutant et réécoutant « la colère » qu’il y avait une alternative à la tristesse : la révolte. Lorsqu’on est abandonnée, on peut noyer la colère dans les pleurs et se sentir coulée, enfonçée, abattue, ne trouver le calme que dans le corps vidé de son eau, le corps même vidé tout entier, le corps inexistant. On tente la moindre démarche pour rattraper l’autre, le toucher à nouveau, lui faire comprendre notre douleur, lui demander de revenir. On s’agenouille, on s’abaisse, on se nie soi-même, on ne réclame que l’autre, on lui est toute entière donnée. Ou bien la colère peut se transformer en révolte, en une énergie qui redonne de l’élan, en un refus de la situation. J’ai été quittée – je ne vais pas non plus continuer à lui offrir un royaume, un royaume qu’il ne mérite pas, un amour qu’il a rejeté. Je veux dire que ça n’est pas acceptable. Que je ne peux pas me donner davantage avec l’espoir qu’il redonnera à son tour. Je ne peux plus donner à celui qui offre un mur. Je sais bien que j’ai la force, la foi, l’amour suffisants pour m’enfermer pourtant dans cette absurdité, je sais bien que l’amour ne s’éteint pas, que chaque jour je l’aime et pour des mois encore – jusqu’au prochain qui prendra cette place en moi – je sais bien que je pourrais l’attendre et tout supporter au travers de l’attente et de l’espoir. Jérôme m’a ouvert les yeux, Jérôme m’a mise devant la réalité – celle de la rupture, de l’amour qui ne circule plus qu’à sens unique, des forces que je perds à force de les donner – et dans la salle bruyante les mots couvrent tout, les mots me chavirent, les mots me blessent, les mots me plongent dans l’hébétude – « mon amour je suis partagé entre te protéger toujours quoi que tu fasses de moi dans cette vie de rêve, et la colère que tu me donnes de me laisser seul la nuit comme ça, j’oscille à ton égard entre la sainteté et la colère, mais je crois que j’aime trop la chair pour être canonnisé, et c’est ma colère, ma colère qui tient mes sourcils » – les gens autour parlent, dinent, rient, se sourient – je suis dans autre chose, je suis habitée, je suis bouleversée, la réponse enfin là se dessine – ce sera la colère.

Le lendemain dans un café de la rue Bonaparte, je suis défaite comme je ne l’ai pas été depuis longtemps – peut-être même que je n’ai jamais osé sortir dans Paris cachée sous tant de pulls et derrière mes lunettes de soleil, les cernes me rongent le visage, j’ai la peau blanche d’une fille anémiée, mes jeans sont trop grands, mes mains longues, transparentes aux veines allumées, les doigts comme des brindilles prêts à se casser net si personne ne les réchauffe. Jérôme dit que j’ai le visage de la Renaissance italienne, le visage allongé, la peau laiteuse, la fragilité marquée sur le corps entier, les muscles raidis, les jambes marquées d’ecchymoses, la peau coupée par la lame du rasoir, je me protège derrière mes bras repliés. Je parle un peu, je dis doucement, toujours doucement ce qui arrive, ce qui m’arrive, ce qui m’échappe, ce que je ne comprends pas, et Jérôme apporte des réponses, Jérôme me rassure et me donne accès à la colère, j’ai droit à cette colère-là, j’ai le droit de me révolter contre l’abandon, même si ça n’est pas sa faute, même s’il n’a pas voulu me faire ce mal – j’ai été tellement blessée. Je suis blessée chaque jour, je porte la douleur en moi, cette cicatrice que tout le monde a voulu voir, cette cicatrice qui se refermera aussi, si lentement, si imperceptiblement, mais qui ne s’effacera pas. J’ai eu mal dans ma peau, j’ai eu mal dans mon ventre, j’ai voulu tellement vomir, m’abîmer, me détruire, j’ai voulu supprimer ce corps qui n’était qu’une douleur, chaque matin se réveiller avec la douleur vrillée au ventre, alors peut-être il aurait mieux valu ne plus se réveiller.

J’ai repris pied. J’ai repris pied par la colère et par ce qu’il a finalement avoué. J’ai repris pied parce que ce que je croyais n’était pas totalement faux, parce que j’avais raison de croire aux sentiments fous et absolus, à la rencontre rare et unique. Je savais exactement la passion qui nous avait ravagés, je savais comme tu m’avais aimée, je savais comme tu étais devenu fou de moi – tu refusais de reparler des mois écoulés, tu répétais inlassablement que tu ne m’aimais plus – mais tu as fini par dire la vérité des sentiments partagés. J’ai cru parfois que j’avais été seule à me donner, seule à aimer, seule dans la folie de notre amour – non, tu étais là comme moi, tu n’en revenais pas non plus de cette rencontre exceptionnelle, tu n’en revenais pas des heures à parler ensemble et seulement m’embrasser pour que je ne puisse plus parler, et les nuits hors du monde, les nuits hors du temps, les nuits que personne ne nous volera, que personne ne reproduira, que personne ne connaîtra. J’ai cru que tu m’avais trahie, lésée, j’ai cru que tu lui offrirais bientôt la même chose qu’à moi, que rien n’aurait compté, que tout notre amour effacé – mais non, tout est vrai, tout a existé, et cette histoire nous appartient.

mercredi 3 novembre 2010

me perdre dans les bras des autres pour ne plus l’aimer


Se réveiller encore le matin avec le mal d’aimer, le manque omniprésent, l’envie de vomir. Mais je vais mieux. Sans lui je vais mieux. Le manque est épisodique, le manque réapparaît parfois, le manque se fait rare. Pour autant je ne l’aime pas moins. Je ne suis pas moins soucieuse et préoccupée de ce qui lui arrive. Je suis devenue indifférente aux faits, je ne sais plus ce qu’il vit, ce qu’il traverse, qui il rencontre, je ne sais plus et ça m’est égal. Qu’il vive, sans moi, que je vive, sans lui, que nous nous reconstruisions loin l’un de l’autre. Je garde en moi l’amour entier, l’amour ininterrompu, le souci de l’autre. Ne pas lui dire, chut. Ne plus rien dire. Je ne peux pas faire semblant de ne plus l’aimer. Mais je pars vers autre chose. Je souris aux garçons. La nuit vers Odéon je marche sans savoir où aller, Clem est avec moi, il m’engueule, il me secoue, il réapparaît parfois tous les quatre mois pour prendre des nouvelles, on marche dans les rues humides il s’énerve « tu es ivre, tu vas rejoindre ce type, vous allez boire de l’eau peut-être ? » je voudrais qu’il m’embrasse, non enfin aucun garçon n’a le droit de m’embrasser, je suis trop amoureuse encore, dans mon corps il n’y a aucun désir, mon corps est vide, mon corps n’est qu’un appât pour les garçons mais dedans il n’y a pas de force, pas de force pour aimer, encore moins pour faire semblant, je ne fais qu’attendre de retomber amoureuse. j’attends le prochain, j’attends le suivant, j’attends « que le hasard se bouge ».

J’ai laissé Guillermo me prendre dans ses bras, je l’ai laissé jouer, j’ai pris le réconfort dont j’avais besoin et je suis partie – combien de taxis la nuit, combien d’heures marchées sans savoir , combien d’heures dansées sans raison, dans l’abandon, sous les yeux des garçons, me perdre me perdre me perdre, m’épuiser jusqu’à oublier, jusqu’à ne plus sentir la fatigue la douleur. Et je dis que je vais mieux. Je vais mieux parce que je n’ai plus besoin de lui, parce que je décide de ne plus me battre, ne plus m’acharner pour continuer quelque chose dont je ne serai pas capable et qui me laissera toujours insatisfaite, je renonce – mais je suis juste encore si amoureuse. Je voudrais ne plus l’aimer. Je voudrais ne garder que le passé, ne plus l’aimer.

jeudi 28 octobre 2010

cette sale faute impardonnable.


Est-ce que c’est ma faute si j’aime ? Est-ce que c’est ma faute si je suis amoureuse ? Est-ce que c’est ma faute si je l’ai aimé plus que n’importe qui, si je me suis donnée à lui, si je n’ai plus su envisager ma vie sans lui ? Est-ce que c’est ma faute, nom de Dieu, est-ce que c’est ma faute et est-ce que c’est quelque chose qu’on peut me reprocher ?

Apparemment oui. Etre préoccupée de lui à chaque instant, c’est une faute. Penser à lui chaque nuit, c’est une faute. Attendre encore quelque chose de lui, c’est une faute. Lui donner encore quelque chose, c’est une faute. Mes appels, mes emails, sont devenus : du harcellement. Il y a deux mois, c’était des signes d’amour, aujourd’hui ça s’appelle du harcellement. Mon Dieu, mais quelle bêtise de l’avoir aimé. Puisqu’il n’en comprend plus rien aujourd’hui, puisqu’il nie et ignore mon amour, puisque je ne suis plus qu’une folle amoureuse dont il faudrait se débarrasser. Se débarrasser. Tuer l’amour.

Je n’en reviens pas, après chaque histoire d’amour, d’avoir été si proche de quelqu’un et de m’en trouver si vite éloignée. Nous nous comprenions parfaitement, nous avions une connaissance intime réciproque, nous avions révélé tant de choses. aujourd’hui, parler de la pluie et du beau temps, c’est déjà beaucoup trop. Aujourd’hui, je suis devenue une étrangère. Une fille qui ne mérite même pas de réponse. Une fille qu’on peut ignorer à son gré. Une fille forcément vicieuse, stratège, une fille qui ne fait rien sans avoir en tête l’idée de le « récupérer ». Je fais tous les efforts du monde pour aller mieux, pour espacer la communication, pour ne plus parler du passé, pour assurer simplement une présence douce et alliée – c’est déjà trop. Il n’y a plus qu’une étape après ça. Le silence. Le grand silence. Je ne suis pas une alliée, je ne suis pas une amie, je ne suis digne ni de respect, ni de considération ? D’accord. Je me souhaite bien du courage pour retrouver de moi-même une image positive, valorisante, pour croire que je pourrai encore apporter quelque chose à quelqu’un. Actuellement, je ne suis qu’une fille sans intérêt incapable de se contrôler. Une fille, même plus une femme.

dimanche 24 octobre 2010

A faire ou pas. Les bonnes résolutions, est-ce que ça sert ? On ne sait pas. Mais pourquoi s'en priver...
Waouh !

Des petits liens vers des blogs que j'aime bien, il faut cliquer si je ne m'abuse.

mercredi 20 octobre 2010

Oubli du corps.


Je sais il est tard je devrais dormir je ne devrais pas écrire. Mais arrivée à moment de la nuit je me dis que me coucher à 3h30 ou à 4h ça n’a plus grande importance. J’ai seulement envie d’écrire. Il fait froid dans mon lit. La lumière de l’écran fait ressortir la peau qui a la chair de poule. La peau douce. Ce soir j’ai vu par hasard mon épaule sans tissu dans une glace. J’ai regardé l’épaule. La peau dorée. La peau lisse. Je n’avais pas vu, pas regardé mon corps depuis tellement de semaines. Je l’avais oublié mon corps. Je vais devoir me le réapproprier. J’ai regardé la peau, la couleur, la sensation, l’épaule, la clavicule, les seins gonflés, les bras fins. J’ai découvert qu’à force de maigrir, j’avais juste l’air plus fine, l’air fragile, l’air d’une fille aux jambes longues et aux cheveux longs. La bague autour de mon doigt s’agite, l’anneau est trop grand. Pendant des semaines j’ai oublié mon corps, j’ai oublié de manger, j’ai oublié de dormir. Je mange à nouveau. Je ne dors pas plus. J’ai froid souvent. Je refume à nouveau et beaucoup, Dunhills courtes et light à filtre blanc. J’ai envie de passer une soirée à boire avec mon amour en vidant des paquets de cigarettes. On savait faire ça très bien. J’ai dans la tête les images de nous au Petit Suisse (politique et éducation), au Flore (« au fur et à mesure on s’embrasse de mieux en mieux »), au Vieux Colombier (famille, parents, l’appartement vers la Madeleine). Le premier soir nous étions allés aux Editeurs et à la Soif. Tout ce dont nous avions parlé. Toute ma vie que j’avais donnée. Tous les sourires, toutes les douceurs, et se quitter devant la bouche béante du metropolitain, ne pas s’embrasser, attendre le lendemain.

Je vis encore dans cet amour, c’est évident. On me parle du temps, du temps qui effacera, du temps qui mènera vers l’oubli. Comme au premier jour de juin, pourtant, je suis folle amoureuse. Loin de lui je peux rester des mois, et refuser tous ceux qui viennent, tous ceux qui ne parviennent pas à réveiller mon corps, tous ceux à qui j’oublie de répondre. Je suis encore donnée à mon amant. Je ne peux accepter personne d’autre. Ca n’annule pas tout ce que j’ai dit sur la colère, la tristesse et la douleur infinies du champ des possibles et de l’amour fou refermés ; je m’éloigne, je me reconstruis, je réapprends sans lui. Mais l’amour ne s’en va pas. L’amour réclame des semaines pour me quitter.

Et je m’endors.

jeudi 14 octobre 2010

Tender is the night.


C’est terminé. On est allés jusqu’au bout. Je l’ai poussé jusqu’à l’extrême limite. Détruire pour qu’il n’y ait plus rien, pour que l’espoir s’effondre, pour être forcée à trouver autre chose. J’écris ça encore ici, je n’écris que ma rupture sur ce journal depuis des semaines, peut-être que ça n’y a pas sa place. Mais je n’ai pas d’autre endroit où l’écrire. Et j’ai envie de crier ici, j’ai envie de m’exposer, j’ai envie de montrer comme on peut être belle et amoureuse et insouciante – le mois suivant seule et abattue, enfoncée dans la tristesse, les nuits sans sommeil, les vertiges permanents, l’envie de vomir. J’ai écrit tant de fois, partout, souvent, tout le temps, l’amour fou entre nous, les nuits éternelles, les corps mélangés, la vie impossible l’un sans l’autre – il y a l’autre versant. Il y a le côté lamentable, il y a tout ce qu’on n’ose pas avouer, le ridicule, le mépris, l’agacement, l’exaspération. Au matin le visage défait, la compassion qu’on attire à soi et ce regard est dégueulasse – l’amour fou un été et puis les insultes, l’irrespect, la colère, les mots plus hauts les uns que les autres. Ca n’est pas glorieux, ça n’est pas enviable, ni l’histoire d’amour magnifique, ni la rupture catastrophique à la suite, c’est juste une putain de dégueulasserie de la vie, et moi je suis enfoncée, je suis perdue, je n’existe plus, je ne me relève plus.

Il y a du thé vert dans ma tasse, des litres pour me remplir le ventre. Il y a « ce soir mon amour » toute la nuit en boucle. Devant l’armoire mes chaussures gris souris, celles que je portais le dernier jour où on s’est aimés, celles qui ont frappé les pavés de l’impasse des quatre vents. Quand j’ai joui debout contre un mur dans les rues sombres de Saint-Germain. Il y a le vide, le creux, le ventre fermé, l’envie de vomir, les notices de l’Avlocardyl dépliées sur la table de la cuisine. Mon corps est mort. Mon corps est trop vide. Mon corps ne vit plus. Mon corps ne ressent rien. La douleur parfois qui ressurgit, la douleur anesthésiante, mais rien d’autre. Le monde autour de moi, les couleurs, la ville, le soleil de l’automne, les lumières la nuit – rien, pas une émotion, pas de disponibilité pour ça, mon corps est fermé, mon corps n’a plus de sens. Les garçons – je les vois à peine, je les trouve fades, ils n’ont ni sa jeunesse, ni son exigence, ni son allure, ni sa beauté. Ils me regardent pourtant, ils me regardent traverser la rue trop fine dans mon jean, vacillante sur mes talons qui claquent dans la bibliothèque silencieuse, la dentelle noire en haut des seins, le ventre creux, les cheveux en cascade et mon corps perdu dans le long manteau noir. Même les filles regardent. Plus je suis triste, plus je suis en colère contre moi-même, contre le monde entier, plus la détermination se marque sur mon visage, plus je séduis. Et ça pour quoi ? Ca sert à quoi tous ces mecs qui regardent ? Quand il n’y en a pas un qui aura du courage, pas un que la folie n’effraiera pas, pas un qui ne fuira devant les exigences, la violence et la démesure cachée derrière la surface lisse et sexy ? Ils veulent l’apparence, ils veulent la chair extérieure, ils veulent prendre – aucun ne veut donner, aucun ne veut regarder à l’intérieur, aucun pour penser « je veux savoir ce qu’il y a à l’intérieur de cette femme, l’aider, l’accompagner, faire du chemin avec elle » – les garçons ont peur. Les garçons sont trop jeunes. Je parle de ceux qui sont autour de moi, de ceux qui préfèrent la facilité, les sentiments absents, je parle de Guillermo qui ne se préoccupe de moi qu’avec l’espoir qu’une nuit je me glisserai dans son lit. Où sont-ils les garçons qui s’engagent, ceux que l’amour n’effraie pas, ceux qui acceptent la passion débordante d’une femme sans limite, ceux qui ne débutent pas une relation en décidant qu’elle sera vouée à l’échec ? Où sont-ils ceux qui se laisseront porter par mon amour, ceux qui me feront confiance, ceux qui seront prêts à m’accompagner dans l’amour comme dans la tristesse, comme dans les crises, comme dans la panique et l’angoisse ? J’ai besoin d’un allié. Plus maintenant, plus tant que je me reconstruis, plus dans la solitude à apprivoiser encore une fois – un jour, un jour je voudrais trouver un allié.

2h, dans la cuisine il fait froid, la nuit s’étend devant moi et je ne dormirai pas assez. Cet après-midi je me suis endormie sur le canapé du local du BDA, je me suis calée entre les coussins, les manteaux, près de fx et de Cécilia qui surveillait, je me suis endormie comme une gamine épuisée. Je vais à l’école pour dormir. Je vais à mes cours et tout se passe à merveille, le projet défendu ce midi plutôt réussi, cette multitude d’engagements sur la Journée Dédicaces, Artmaniak, NonFiction, les textes à écrire, les personnes à rencontrer. Peut-être que ce sont des choses qui me gardent accrochée, des choses qu’on fait sans se poser de questions, mais il va bien falloir retrouver aussi les sensations, le corps engagé, le corps sollicité, les yeux ouverts sur les couleurs, les peintures, la ville – les livres, les films – le corps suffisamment solide pour accompagner ma jument. Seule, je dois me reconstituer. Reprendre possession de chaque parcelle. Toucher, voir, sentir. Il faut que mon corps reprenne son existence, qu’il se sente battre. Il faut ça avant de penser à m’ouvrir aux autres, avant de penser à quelqu’un d’autre. L’oubli de son corps à lui, et la reconstruction du mien. Lui et moi nous n’avons plus rien à nous dire. Plus rien à faire ensemble. Quelque chose peut-être à reconstruire, de zero, dans quelques mois. Je ne regrette même plus cette rencontre ratée, cette histoire saccagée, je ne regrette plus rien – quelqu’un qui est capable de m’abandonner, de refuser de m’accompagner, de fermer les yeux devant ses responasbilités, quelqu’un qui préfère me dire bien en face : « je ne te répondrai pas et je serai un salaud » – alors c’est quelqu’un qui n’a pas le courage que je réclame. Il n’y a pas de solution miracle pour que j’aille mieux, il n’y a pas à attendre que par simple décision je puisse me sentir mieux demain. Tout ce que je ne réussis pas, tous ces échecs, tous ces dérapages, c’est une douleur pour moi autant qu’une colère pour lui. Douleur et colère qui aveuglent. Je ne voulais pas perdre de vue les très belles choses à vivre encore, ensemble. Je ne voulais pas oublier la très grande beauté de l’amour fou partagé cet été. Ce soir j’ai effacé tous les espoirs, ce soir je l’oublie, ce soir il a dit que je lui faisais peur, que j’étais folle, ce soir il m’a totalement abandonnée. « Débrouille toi ma belle dans ta tristesse engluante, débrouille toi dans tes pleurs ininterrompus, débrouille toi parce que moi je ne veux plus reparler de ce qui fait mal, de l’abandon dans lequel je t’ai plongé ». J’aurais aimé avoir en face de moi un garçon qui assume.

Je suis vide. Je suis anesthésiée par la douleur. Je ne ressens rien. Même la fatigue ne m’atteint plus. Je cherche seulement l’appui qui me permettra de remonter, je cherche une raison, un motif, je cherche une envie de me battre, et à reconnaître mon corps.

samedi 9 octobre 2010

She’s lost control.



C’est tellement symbolique ce train à prendre, ce départ de la gare, les lignes de chemin de fer à suivre pour quitter Paris, pour quitter ma ville, pour quitter mon histoire d’amour. Je pars en me sentant enfin détachée. Pas indifférente ni méprisante, mais seulement sans vouloir continuer à me préoccuper de ses journées. De ses rencontres. De ses découvertes. Je pense à lui, je lui souhaite secrètement des choses merveilleuses, je l’espère heureux – et toujours je le défendrai. Mais je ne ressens plus le besoin de vivre des choses avec lui. L’angoisse du temps qui passe et qui ne nous rapproche pas, m’a quittée.

A Lyon Laura m’attend et me montre la ville – les rues piétonnes partout, les quais illuminés la nuit, les petites rues pavées et les antiquaires – je me laisse balader, j’aime bien cet inconnu et au hasard des rues, bien sûr je repense à la dernière fois qu’on m’a guidée dans une ville que je ne connaissais pas, of course London in my mind, mais je savoure le moment de marcher sur la presqu’île, le goûter chez » délices et sens », et puis au Cinéma National Populaire il y a Control – je suis les bons conseils d’Ulrich qui avait promis que je tomberais amoureuse de Sam Riley – pendant deux heures je regarde hypnotisée Sam/Ian, l’image parfaite en noir et blanc d’Anton Corbijn, Debbie la blonde abandonnée avec sa fille dans les bras, Annik la brune irrémédiablement amoureuse du chanteur de Joy Division – et religieusement j’écoute les chansons lugubres, funèbres, bouleversantes – je suis amoureuse de Sam Riley, de Joy Division, je veux l’adopter entre mes bras ce garçon, et je pleure quand Debbie comprend qu’il en aime une autre, et je comprends Annik qui ressent quelque chose de si particulier envers lui, et je retrouve ma fascination pour les garçons jeunes, les garçons fous, les garçons fins et violents et épileptiques – je regarde Sam Riley et je vois Henri – même jeunesse, même corps blanc, des cigarettes sans jamais s’arrêter – je vois le prince Mychkine, je vois Antoine si mal dans le monde – en lui je cristallise tous mes amours. En rentrant la nuit je n’écoute plus que Joy Division et la poésie noire qui me rassure, moi dans le creux de la nuit ça me rassure.

A Lyon j’ai aussi mangé des ravioles au Saint Marcelin et c’était une bonne façon de me remplir le ventre, avant de retourner danser – chaque nuit depuis jeudi, les salles remplies, la chaleur, les bras humides, les alcools, les cigarettes – les garçons aussi autour de moi, je les regarde, je ne sais pas trop, pas envie de faire des efforts, c’est tôt encore, mais c’est toujours trop tôt lorsqu’on a un amant dans le corps dans le coeur dans la tête, lorsqu’on est amoureuse encore – ce soir je passe des heures à m’approcher de lui, les sourires, les mains frôlées, les corps rapprochés – je le laisse m’embrasser, ou je l’embrasse, je ne sais plus, mon Dieu ce que j’aime le creux de sa joue quand il me sourit, et les regards complices autour de nous, mon Dieu qu’est-ce que je fais encore, il faudrait que j’arrête d’embrasser des garçons dont je ne connais pas le nom, mais je fais confiance à sa peau à son corps à ses mains sur mes hanches à ses lèvres et même à sa langue – c’est étrange de sentir à nouveau les mains d’un homme sur mon ventre, c’est agréable d’être embrassée et désirée sans penser trop à ce que cela représente – bien sûr je voudrai le revoir, bien sûr au petit matin lorsqu’on rentre chacun de notre côté il m’écrit déjà les mots que j’aime, bien sûr j’ai envie de ça, j’ai envie de lui et on rit comme des gosses qui ont un peu trop bu en se demandant si on trouvera un hôtel – cette immédiateté là ce que je l’aime – mais aussi quand je rentre je sais, avec toute la douceur et la tendresse dont je suis capable, que c’est encore à quelqu’un d’autre que je penserai au moment de dormir – penser seulement à ce qu’il est, à ce qu’il devient, espérer qu’il va bien et que la colère s’apaise.

Mon amour, je ne t’aime plus. Mais je suis là quelque part toujours, présente, enveloppante, rassurante – le jour où tu auras besoin, le jour où tu auras besoin.